Marc Lemonier

J’ai 6 ans. Enfoncé dans un fauteuil trop grand du cinéma « Excelsior » au Havre, j’ouvre des yeux immenses sur le documentaire « Connaissances du monde : l’altiplano Bolivien et le lac Titicaca ». Au détour d’une scène surgissent des musiciens : bombos, flûtes de pan, charangos, ponchos et bonnets andins. Leur musique me va tout au fond du coeur. Dans la foule qui s’éparpille à la sortie, je me fais une promesse solennelle : je jouerai cette musique, bientôt.

Au secrétariat du conservatoire du Havre, déception : pas de cours de flûte de pan, ni de charango, encore moins de bombo. Ce sera la guitare classique. A l’ancienne : 2 années de solfège sans toucher un instrument, puis enfin le premier cours à 8 ans. Autant dire que ne suis pas resté lié de très près à la musique classique par la suite. Pourtant, aussi incroyable que cela paraisse, c’est durant cette courte et désagréable période que j’ai acquis le peu de rigueur musicale que j’utilise tous les jours des décennies plus tard..

Le démon des Andes continue de me hanter. J’apprends tout seul la kéna, la flûte de pan et le fameux charango, à force de séances (inter)minables qui éprouvent toute ma famille. Mais peu à peu un embryon de technique s’installe. Je monte mon premier groupe de musique des Andes à 12 ans, avec quelques camarades de collège à vrai dire pas du tout intéressés par ce style.

A 16 ans, nouveau bouleversement : je découvre la musique « folk ». J’en apprécie les mélodies répétitives, mais ce qui me chamboule surtout, c’est la convivialité liée à cet univers musical, qui est pour une part importante dédié à faire danser, souvent en collectif. Je veux en être, je veux donner ce plaisir aux gens. Comme une fusée, je commence en autodidacte l’accordéon diatonique et le violon et m’intègre rapidement à un premier groupe de musique irlandaise. A 19 ans la fac m’amène à Rouen, je m’y insère dans plusieurs ateliers de musique et de danse.

Durant 10 ans j’explorerai conjointement les univers sud-américains et folk au gré des festivals, stages, sessions, cours…

A 26 ans je participe à un atelier de composition, et c’est un nouveau déclic : je me lance dans l’écriture musicale… me voilà aujourd’hui responsable de plus de 100 morceaux (très inégaux, certes) dans tous les styles que j’aime.

A 35 ans je choisis enfin la voie de la musique professionnelle. Quittant mon travail d’animateur associatif, je commence à donner des cours (accordéon diatonique, chromatique, guitare), j’anime des ateliers de musique d’ensemble, j’intègre ou je crée plusieurs formations dans divers styles (El Pueblo -Amérique latine, Trio Trad et Bas les Pattes – folk et trad, Courants d’air – Méditerranée, Atelier FES -world fusion…). Je travaille aussi de plus en plus avec des conteurs (Paroles de sources). Cette diversité de styles, et surtout de rencontres, m’apporte énormément d’ouverture et m’a permis de recommencer à progresser.

Je suis intermittent du spectacle depuis 2003. Ca n’est pas facile tous les jours, j’ai découvert que vivre de la musique demande en permanence énormément de travail et d’efforts, mais j’ai pour l’instant l’impression d’être à ma place…