Historique …

 

Voici la chronique « Bas les Pattes ! », le récit d’une aventure humainement musicale, et musicalement humaine.

Juillet 2002 : « Et si on… »

Marc réunit des musiciens d’horizons différents autour du projet de création d’un groupe de musique à danser qui puisse intégrer les univers musicaux de chacun. Mettre à notre sauce musicale des danses traditionnelles, belle idée, mais d’une seule et même voix nous clamons : « Nous ne sommes pas un groupe folk ! »

2003 : Au boulot !

Ca commence mal, Marc nous avait déjà labellisés « Nouveau Groupe Folk » sur les partoches qu’il nous fait passer. Bon, de toutes façons, on a d’autres choses à penser que le nom ; on se contentera pour l’instant de NGF…

Les personnages sont rassemblés : Marc Lemonnier (accordéon, guitare, bouzouki), Gilles Beaussier(violon), Jean-seb Gratas (sax ténor & alto, flûte), Louise White (clarinette), Stef Aubry (basse), Corentin Veschambre (batterie, percussions, guitare).

OK, tout le monde est là, on peut y aller. Où ? Mais sur scène, pardi ! Nous choisissons de monter très vite un premier répertoire de manière à nous confronter au plus tôt à la scène. Deux bonnes raisons à cela :

  • Nous devons nous apprivoiser les uns les autres, apprendre à nous connaître en tant que musiciens et individus ; rien de tel que le concert pour révéler le jeu et la personnalité de chacun. Un groupe ne fonctionne bien que lorsque chacun reconnaît les qualités et défauts de l’autre, et les siens propres.
  • Et pour prétendre faire de la musique à danser, il nous faut rencontrer les danseurs. Grâce à eux, nous pouvons « régler » notre musique en les observant ; lorsqu’ils décrochent en pleine danse, c’est que quelque chose ne va pas(tempo trop rapide, trop lent, les temps marqués ne sont pas ceux des pas…). Et nous les invitons instamment à nous faire part de leurs impressions après le concert.

Le premier répertoire est constitué de morceaux trad que nous arrangeons à notre sauce. Sauce qui a bien du mal à prendre, malgré tous nos efforts. Au fil des mois, les concerts restent laborieux, et nous laissent un certain goût d’insatisfaction. Ca passe à l’énergie, mais il n’y a pas encore d’unité entre les musiciens, pas plus que dans la musique qui ressemble à une espèce de patchwork folk-rock mal assumé… On ne parvient pas à trouver notre style. Et comme si c’était lié, on n’arrive toujours pas à trouver un nom. NGF, NGF, ça ne veut rien dire mais les gens commencent à nous identifier sous ce nom… Aïe ! Nos Godasses Fumantes ?… Nouvelle Grosse Flemme ?… aïe, aïe, aïe !

Y’a rien de positif, alors ?

Oh, que si ! Tout d’abord l’accueil que nous font les danseurs, qui sentent que le groupe est en devenir, qui nous témoignent de l’intérêt, de l’enthousiasme et des encouragements.

Et puis… nous commençons mine de rien à nous apprécier mutuellement, et à prendre nos marques dans la musique. Nous sentons que nous devons persévérer.

La fin de l’année est marquée par deux changements notoires :

  • Elles sont belles, elles sont fraîches nos premières compos ! Et elles arrivent à point pour remplacer des morceaux qui ne nous conviennent plus. Nous réarrangeons les autres de manière à nous les approprier. Chacun s’investit activement avec ses moyens dans la création, imprégnant la musique de son influence propre. Chacun sauf…
  • Gilles, qui nous quitte fin 2003 : il ne se sent pas à sa place dans la musique, et parmi les membres du groupe. Tout à son honneur, il décide de se retirer. Bonne chance, Gilou !

2004 : Bas les Pattes !

Nous voici contraints de remanier le répertoire, nous continuons notre travail d’arrangement et de création. L’effet « patchwork » disparaît au profit d’un début d’homogénéité salutaire.

2004 est l’année de nos premiers concerts un peu « sérieux », bien que restant souvent centrés sur la Lozère . Voici les plus marquants.

Saint frézal de ventalon (48), dans le cadre des bals du mois, 24/06/04. Les « bals du mois » sont pour nous un très bon terrain d’expérimentation des nouveautés du répertoire, que l’on maîtrise mieux, et l’on se connaît assez pour pouvoir enfin se « lâcher ». Stef et Corentin (basse/batterie) posent un groove sans concessions, Jean-seb et Louise (sax/clarinette) s’envolent de thèmes harmonisés en backgrounds étourdissants, tandis que Marc (accordéon, guitare, bouzouki) enrichit les mélodies ou appuie les rythmiques. Enfin, ça tourne ! Rien que du bonheur !

Nous venons de trouver notre identité musicale et, dans la foulée, nous nous trouvons un nom : « Bas les Pattes ! ». Bas les Pattes ! est donc véritablement né en ce mois de Juin 2004. Juste à temps pour …

Gennetines (03), Grand bal de l’Europe, du 21 au 24/07/04. La participation au « Grand bal de l’Europe » est un petit choc pour le groupe. Deux soirées devant un public spécialisé dans la danse trad et pourtant déchaîné, porté par le souffle de notre musique qui s’en va parfois bien loin des canons traditionnels. Nous comprenons qu’on est vraiment à la frange de deux mondes, et que c’est peut-être ça, notre spécificité… Ca plait au point que plusieurs organisateurs de concerts ou festivals nous repèrent à cette occasion et nous proposent des prestations (Aiguevive dans le Gard, festival Cantavalli dans le Piémont italien…)

Le Pont de Monvert (48), petite résidence sous l’égide de Musique et Danses et l’ADDA – Scènes croisées, du 21 au 29/10/04. Un intervenant, Jeff Saboy, est là pour nous observer sous tous nos aspects, afin de nous suggérer des lignes de travail. Nous mettons en œuvre plusieurs de ses propositions :

  •  modifier notre placement et certaines attitudes sur scène, pour mieux mettre en valeur nos différents personnages. Steph et Corentin, jusqu’à présent relégués en arrière plan comme tous les bassistes et batteurs du monde, font leur apparition sur le devant de la scène : Corentin et sa batterie de profil, sur la droite, Steph, sa basse et sa verve naturelle en plein milieu. Il devient peu à peu animateur privilégié du groupe…
  • réorganiser notre set en séquences plus fluides, de façon à amener des plages de calme durables (2 à 3 morceaux) pour remonter posément vers des morceaux plus intenses. Prémisses de la réflexion qui doit permettre un jour d’aboutir à une prestation « entre bal et concert debout »

2005 : « Rodage »

Le groupe élargit progressivement mais doucement son rayon d’action, mais le répertoire évolue peu : 2 ou 3 morceaux de plus (uniquement des compos, par contre). On arrêt donc un moment de courir en avant, et on approfondit. Le son s’assoit, trouve sa dimension. On se sent prêts pour des scènes plus grosses.

2006 : « Décollage »

Un an d’approfondissement nous en ont persuadé : si on veut aller de l’avant, maintenant, il faut s’atteler à la tâche, travailler, faire plus d’efforts pour se vendre… en un mot : se professionnaliser ! Alors, sans trop savoir dans quoi on s’engage, on planche à un « projet 2006 » : deux résidences (création en janvier, scène en avril), l’enregistrement d’un CD live fin avril, une tournée de promo dans l’été et l’automne… On s’adjoint les services de Yann qui s’occupera de nous faire tourner un peu.

 

2007 : Premier disque …

Il sort en mars, et surprise : il est très bien accueilli par le public. Enfin nous disposons d’un outil un peu solide en main pour nous présenter, c’est un vrai soulagement. Mais le projet nous a pris beaucoup de temps, et depuis un an nous n’avons presque pas fait de création. On s’y remet donc sérieusement fin 2007 avec une résidence qui donne naissance à des morceaux étranges et tordus, même pour nous : un two-step inspiré d’un jeu vidéo célèbre, une cochinchine funk… Bas les pattes expérimente… trop, diront certains.

2008 : un musicien en replace un autre

En juin, Corentin nous quitte. Pilier du groupe depuis sa création, il part vers d’autres aventures. Coup dur, qui va nous demander plus de 6 mois de réflexion et d’auditions pour envisager son remplacement, mais qui débouche sur un beau rebond avec l’arrivée de Hervé, qui intègre les 3 heures de répertoire à la vitesse d’une fusée tout en apportant son propre son. Il ne connaît pas le monde de la danse trad mais ne demande qu’à apprendre. Fin 2008, les premiers concerts et bals avec lui le montrent sans équivoque : Bas les pattes a retrouvé un équilibre et peut repartir de l’avant.

2009 : vers un peu plus de tendresse

Justement, vers où diriger nos pas ? Le projet de mettre en chantier un second CD arrive naturellement, mais que va-t-on y mettre ? Au travers des discussions entre nous et avec nos publics, nous prenons conscience que nos point fort sont la diversité de nos arrangements, et la grosse énergie qui se dégage de la majorité d’entre eux. Mais l’âme et le corps humain ne demandent pas qu’à être nourris d’énergie. Nous sentons que le répertoire de Bas les pattes pourrait avec bénéfice s’enrichir de morceaux plus tranquilles, plus tendres… voilà des mots qui auraient sans doute faire bien rigoler les membres du groupe vers les années 2003-2004, mais nous sommes maintenant mûrs pour les prononcer, voire les mettre en oeuvre.

Voilà donc le processus de création redémarré, par une première résidence à la Grange Rouge (Bourgogne) au début de l’année. Mazurka, valse à 8 temps, valse lente, rondeau tranquille… un moment étonnamment serein pour nous. Quel plaisir !

2010 : création et pédagogie

L’année 2010 est très marquée par nos séjours fréquents à la Grange Rouge. Là-haut, par tranches de 4 à 5 jours, nous bossons en parallèle sur la création des nouveaux morceaux et l’accompagnement de deux gros projets pédagogiques, l’un avec les écoles de musique des environs, l’autre avec le collège de Louhans. Deux énergies fondamentalement différentes, qui nous épuiseront et nous nourriront à la fois. On sera également bien revigorés par la rencontre avec matéo et Romain de la Familha Artus, qui nous accompagneront à l’occasion d’une résidence de création, dans le cadre de leur projet « Va sampler ta grand-mère ». L’idée : partir d’un élément du « patrimoine culturel immatériel » de notre région pour créer « quelque chose ». Des journées un peu folles, à 100 à l’heure, expérimentales, pleines d’une « énergie rock’n roll » comme dit Steph qui est tout content de renouer avec ça. En sortiront trois morceaux un peu en marge de notre répertoire habituel, mais quelle belle aventure.

 

2011 : second CD et super concerts

Les premiers mois de l’année sont essentiellement dédiés à l’enregistrement du CD qui bat son plein dans des conditions assez instables : le studio déménage deux fois, plusieurs morceaux connaissent des remaniements de dernière minute qui obligent à refaire des prises… Et puis il y a l’aventure du livret, qui nous brasse bien aussi : notre ami Pilo, graphiste, dessinateur, démarre le projet à partir d’une journée de concert au festival d’Olt, mais il décède quelques semaines après, nous laissant des ébauches de croquis. Après quelques semaines de Black Out, il faut se retourner… On repartira de ces ébauches, et on écrira sur cette journée. Un processus long mais dont le résultat final nous plaît, à la fois un bel hommage à Pilo et un livret magnifique dans lequel nous nous reconnaissons totalement. Le projet finit donc par aboutir, et c’est la sortie officielle en juin 2011. L’accueil est bon, très bon même. Tout le monde semble surpris que ce second CD ne ressemble pas du tout au premier… Bas les Pattes a continué d’avancer.

Peu de concerts cette année là, mais que des concerts où on s’est sentis à notre place : Total Festum à Lodève, Bouegan à l’Ostal (Saint Jean du gard), nuit du folk dans le Diois… du voyage, des rencontres, des scènes de la bonne dimension, des publics réactifs et fans de notre musique… il semble loin le temps des concerts qui ne « marchaient » pas, face à des publics que nous ne savions pas toujours emporter. Aujourd’hui, quasiment à chaque fois ça marche, les gens sont forcément accrochés par un aspect ou l’autre, ça marche. Reste à jouer plus…

2012 : Redémarrage de création

Plusieurs chantiers au programme de cette nouvelle période qui s’annonce :

Relancer la création, d’abord. On a passé tellement de temps sur le CD qu’on n’a rien produit de nouveau depuis un an et demi, au moins. Ne pas créer, c’est mourir. Alors au travail. Les orientations de création vont à la fois vers un nouvel apport de grosse énergie pour renouer avec nos débuts, et toujours une recherche d’ouverture et de diversité : nouveaux instruments, nouvelles influences. C’est certain, il y aura encore du nouveau dans le futur CD n°3.

Et puis il y a cette idée de set acoustique, qui traîne depuis un certain temps, et que nous allons essayer d’avancer cette année. Pour que Bas les Pattes puisse se poser n’importe ou, sans sono, sans courant, et jouer au milieu des gens. La basse de Steph remplacée par le tuba, la batterie par un stand percus amovible, et zou. Ca n’a l’air de rien, mais c’est une véritable révolution, le principe de construction des morceaux n’est pas du tout le même… Beaucoup de travail en perspective, sans doute…

17 novembre 2012 : Bas les Pattes fête ses 10 ans. C’est si court… et si long aussi.